Eau en bouteille et PFAS : est-ce vraiment mieux que l'eau du robinet ?
Quand une commune dépasse, le réflexe est d'acheter des bouteilles. Nous comprenons le réflexe. Mais les tests de 2025 et 2026 montrent que l'eau en bouteille n'échappe pas aux PFAS, qu'elle est bien moins contrôlée publiquement que l'eau du robinet, et qu'elle coûte, sur un an, plus qu'un filtre qui retire davantage. Voici les chiffres, puis quand la bouteille a quand même du sens.
Ce que les tests français ont trouvé
En février 2026, Que Choisir a analysé 32 eaux en bouteille vendues en France, 25 minérales naturelles et 7 de source. Du TFA a été trouvé dans 21 d'entre elles. L'eau de Thonon arrivait en tête avec 650 ng/L. Onze références n'avaient rien au seuil de détection, dont Evian, Cristaline, Perrier, Quézac, Saint-Yorre et Abatilles [1][2].
Un an plus tôt, la même association avait fait l'exercice sur l'eau du robinet de 30 communes, en cherchant 33 PFAS. Vingt-neuf sur trente en contenaient au moins un. Du TFA dans 24. À Paris, 6 200 ng/L de TFA. À Moussac, dans le Gard, près d'une ancienne usine, 13 000 ng/L. Une seule commune, Roubaix, n'avait rien [3][4].
L'Anses a confirmé l'échelle du problème avec sa campagne nationale de 2023 à 2025, plus de 600 échantillons d'eau distribuée. Le TFA était présent dans 92 % des prélèvements, avec une médiane de 780 ng/L [5]. Donc oui, l'eau du robinet contient en général plus de TFA que l'eau en bouteille. Mais la bouteille n'en est pas exempte, et c'est le point que le marketing oublie.
Le TFA n'est pas le PFOA
Il faut être honnête sur ce que ces chiffres mesurent. Le TFA, acide trifluoroacétique, est le plus petit des PFAS. Il vient surtout de la dégradation de pesticides et de gaz réfrigérants. Il n'est pas dans la somme des 20 PFAS réglementés, et il ne sera obligatoirement recherché dans l'eau du robinet qu'à partir de janvier 2027 [11]. Sa toxicité est bien moins documentée que celle du PFOA ou du PFOS, et la valeur sanitaire la plus stricte en Europe, aux Pays-Bas, est de 2 200 ng/L [2].
Les quatre PFAS que ce site suit, PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS, sont une autre affaire. Ce sont eux que l'EFSA a évalués, eux que le CIRC a classés, eux qui s'accumulent dans le sang pendant des années. Pour ces quatre, les eaux minérales de nappes profondes sont en général très basses. Mais « en général » n'est pas un résultat d'analyse, et c'est là que le bât blesse.
Le vrai problème de la bouteille, c'est l'opacité
Pour n'importe quelle commune de France, vous pouvez lire ici le dernier résultat PFAS, sa date, le laboratoire, et bientôt trois ans d'historique. C'est la loi qui l'impose au distributeur d'eau. Pour une eau en bouteille, rien de comparable n'existe. Le HCSP l'a écrit noir sur blanc en juillet 2024. Il est « indispensable de publier le plus rapidement possible » les niveaux de PFAS dans les eaux conditionnées, et il demande que sa valeur de 20 ng/L pour les quatre PFAS s'applique aussi aux eaux minérales à usage de boisson [9].
La commission d'enquête du Sénat de mai 2025 a montré ce que cette opacité permet. Nestlé Waters a utilisé pendant des années des filtres à charbon actif et des traitements UV interdits sur Perrier, Vittel, Hépar et Contrex, puis a proposé de les remplacer par une microfiltration à 0,2 micron sans base légale claire. Deux millions de bouteilles de Perrier ont été détruites en 2021 [10]. Ce n'est pas une affaire de PFAS. Mais c'est la preuve qu'une eau « naturellement pure » est une allégation, pas une mesure.
Ce que disent les tests internationaux
Aux États-Unis, l'équipe de Johns Hopkins a analysé 101 eaux en bouteille pour 32 PFAS. Trente-neuf en contenaient. La médiane était basse, 0,98 ng/L, et 97 % des produits étaient sous 5 ng/L. Le résultat le plus utile, c'est que les eaux « purifiées », traitées par osmose inverse, en contenaient nettement moins que les eaux de source non traitées [7]. Consumer Reports, sur 47 produits, a trouvé des PFAS surtout dans les eaux gazeuses, jusqu'à 9,76 ng/L [8].
En Europe, PAN Europe a testé 19 eaux minérales et de source de onze pays en 2024. Douze contenaient du TFA, moyenne 278 ng/L, maximum 3 200 ng/L. En parallèle, 34 des 36 eaux du robinet testées en contenaient, moyenne 740 ng/L [6]. Le rapport de un à trois entre robinet et bouteille se retrouve partout. Ce n'est pas un rapport de zéro à quelque chose.
Le calcul sur un an
Une famille de quatre personnes boit environ six litres par jour, biberons et cuisine compris. En bouteilles de 1,5 L à 0,30 € la moins chère, cela fait environ 440 € par an, et plus de deux tonnes de bouteilles pleines à porter. En eau minérale de marque, plus du double. Un osmoseur sous évier coûte de 200 à 600 € à l'achat et 50 à 100 € par an d'entretien, et il retire plus de 94 % des PFAS, toutes chaînes comprises. Nous détaillons cela dans le guide des filtres.
Et il y a le plastique. Beaucoup de gens achètent de plus en plus de bouteilles sans penser à une solution plus respectueuse de l'environnement, alors qu'un filtre au robinet règle la question une fois pour toutes.
Quand la bouteille a quand même du sens
Il y a trois cas où nous dirions oui sans hésiter.
- Les premières semaines après une alerte, en attendant que le filtre soit installé ou que le distributeur change de captage. Surtout pour les biberons et pendant une grossesse.
- Quand l'ARS ou la préfecture recommande explicitement de ne pas boire l'eau du réseau, ce qui reste rare pour les PFAS.
- Quand on ne peut pas installer de filtre, en location, en déplacement, et que la commune dépasse 20 ng/L de PFAS-4.
Dans ces cas, choisissez une référence qui a publié des analyses PFAS récentes ou qui figure parmi les onze sans TFA du test de 2026, et regardez la date. Une eau de source n'est pas forcément mieux qu'une minérale. Dans le test américain, c'est même l'inverse pour les chaînes ultra-courtes [7].
En résumé
L'eau en bouteille a en moyenne moins de TFA que l'eau du robinet, mais elle n'est pas sans PFAS, elle n'est pas contrôlée publiquement, et elle coûte plus qu'un filtre qui fait mieux. Lisez d'abord le résultat de votre commune. Utilisez la bouteille comme un pont, pas comme une destination. Et gardez la question qui compte vraiment, celle des quatre PFAS qui s'accumulent, pour le robinet, là où vous pouvez la vérifier.
Questions fréquentes
- L'eau en bouteille contient-elle des PFAS ?
- Souvent, oui. En 2026, Que Choisir a trouvé du TFA, un PFAS à chaîne ultra-courte, dans 21 eaux en bouteille sur 32, jusqu'à 650 ng/L. Onze n'en contenaient pas au seuil de détection. Aux États-Unis, une étude sur 101 eaux en bouteille a trouvé des PFAS dans 39.
- Quelle eau en bouteille est sans PFAS ?
- Dans le test de Que Choisir de 2026, onze références n'avaient pas de TFA détectable, dont Evian, Cristaline, Perrier, Quézac, Saint-Yorre, Abatilles, Lutecia, Saint-Amand, Rocheval et deux eaux de source de distributeurs. Ce n'est pas une garantie dans le temps ni sur d'autres PFAS.
- L'eau du robinet a-t-elle plus de PFAS que l'eau en bouteille ?
- Pour le TFA, oui, nettement. L'Anses a trouvé une médiane de 780 ng/L au robinet, contre une moyenne de 278 ng/L dans les eaux minérales européennes testées par PAN Europe. Pour les quatre PFAS les plus toxiques, les deux sont en général très bas, mais l'eau du robinet est la seule des deux dont les résultats sont publics commune par commune.
- Dois-je passer à l'eau en bouteille si ma commune dépasse ?
- Pour quelques semaines, en attendant un filtre ou une décision du distributeur, oui, surtout pour les biberons. Pour des années, non. Un osmoseur coûte moins cher et retire plus de PFAS qu'une bouteille n'en garantit.
- Le verre est-il mieux que le plastique pour les PFAS ?
- Pour les PFAS, cela ne change à peu près rien. Les PFAS trouvés dans les bouteilles viennent de la source, pas de l'emballage. Le verre évite d'autres questions, comme les microplastiques, mais pas celle-là.
Sources
- Que Choisir (19 February 2026): Eaux en bouteille, nos analyses ont révélé la présence de polluants éternels (32 bottled waters, TFA in 21)
- Le Messager (27 February 2026): Polluants éternels, l'eau de Thonon en tête d'un test national de Que Choisir (650 ng/L TFA)
- Que Choisir (23 January 2025): Eau potable, une contamination massive aux PFAS (30 communes, 33 PFAS)
- Générations Futures (January 2025): Polluants éternels dans l'eau du robinet, présence détectée dans 96 % des communes testées (TFA in 24 of 30, Danish and US comparisons)
- Anses: PFAS, les résultats de la campagne nationale de mesure dans l'eau destinée à la consommation, 2023-2025 (TFA in 92% of samples, median 780 ng/L)
- PAN Europe (2024): TFA, the forever chemical in the water we drink (36 tap waters, 19 bottled waters across Europe)
- Chow et al. (2021), Water Research: Detection of ultrashort-chain and other PFAS in U.S. bottled water (101 products, 39 with PFAS)
- Consumer Reports (24 September 2020): What's really in your bottled water? (47 products, 30 PFAS)
- HCSP (9 July 2024): avis PFAS dans les EDCH et les eaux minérales naturelles (20 ng/L applies to mineral water too, calls for publication of PFAS levels in bottled water)
- Sénat (May 2025): commission d'enquête, Eaux minérales naturelles, préserver la pureté (Nestlé Waters, banned treatments, microfiltration)
- Décret n° 2025-1287 du 22 décembre 2025 (TFA and 6:2 FTSA added to tap water monitoring from 1 January 2027)