Notre repère santé pour les PFAS : 0,5 ng/L
Sur chaque page de commune, nous comparons l'eau à un repère de 0,5 ng/L (nanogramme par litre) pour la somme des quatre PFAS les plus nocifs : PFOA, PFOS, PFNA et PFHxS (« PFAS-4 »). Ce repère est une proposition de ce site, fondée sur les études publiées. Ce n'est pas une limite officielle. Pour une version plus narrative, lisez l'article de blog sur l'origine du repère.
La proposition
- Au plus 0,5 ng/L pour la somme PFOA + PFOS + PFNA + PFHxS, en moyenne annuelle.
- Aucune de ces quatre substances au-dessus de 0,25 ng/L individuellement.
- Pour le PFOA et le PFOS, l'objectif de long terme reste zéro.
Idéalement, la comparaison pondérerait chaque substance selon sa toxicité (la méthode des « équivalents PFOA » du RIVM néerlandais). Les données publiques actuelles ne le permettent pas partout, donc ce site utilise pour l'instant la somme simple des quatre substances.
Pourquoi 0,5 ng/L ?
En 2020, l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a calculé la quantité de ces quatre PFAS qu'une personne peut absorber sur toute une vie, aliments et boissons compris, sans dommage attendu : 4,4 nanogrammes par kilo de poids corporel et par semaine, soit 0,63 ng par kilo et par jour. Pour un adulte de 70 kg, cela fait un budget total d'environ 44 ng par jour, tout compris. La principale preuve derrière ce chiffre : les enfants qui ont plus de PFAS dans le sang répondent moins bien aux vaccinations courantes.
La Suède, le Danemark et les Pays-Bas ont tous construit leur limite nationale pour l'eau potable à partir de ce même budget de l'EFSA. Nous aussi. Transformer une « dose quotidienne sûre par personne » en « concentration sûre dans l'eau » demande exactement deux décisions :
- Qui protège-t-on ? Un adulte boit environ 2 litres par jour, soit à peu près 0,03 litre par kilo de poids corporel. Un nourrisson au biberon boit environ 0,15 litre par kilo, cinq fois plus rapporté à sa taille.
- Quelle part du budget pour l'eau ? L'alimentation contient déjà des PFAS, donc l'eau ne peut recevoir qu'une part du budget. La part par défaut de l'Organisation mondiale de la santé pour l'eau potable est de 20 % ; la convention plus stricte et plus ancienne est de 10 %.
Même chiffre de départ, choix différents
Chaque autorité a fait ces deux choix différemment, et cela suffit à expliquer pourquoi les limites divergent :
| Limite | Fixée par | Personne protégée | Part du budget pour l'eau |
|---|---|---|---|
| 4,4 ng/L | Pays-Bas (recommandation du RIVM) | Adulte, 70 kg, 2 L/jour | 20 % |
| 4 ng/L | Suède (limite légale depuis 2026) | Adulte | 20 % |
| 2 ng/L | Danemark (exigence légale depuis 2021) | Jeune enfant | 10 % |
| 0,5 ng/L | Ce site (proposition) | Nourrisson au biberon | 10 à 15 % |
Aucun de ces chiffres n'est « ce que dit la science ». C'est la même science avec des marges de sécurité différentes : plus la personne protégée est vulnérable et plus la part réservée à l'eau est petite, plus la limite est basse. Notre repère se situe à l'extrémité prudente de la même méthode que celle utilisée par les trois autorités nationales.
Pour comparaison, la limite légale de l'UE est bien plus permissive : 100 ng/L pour la somme de 20 PFAS et 500 ng/L pour le « total PFAS », des valeurs négociées sans tenir compte de l'évaluation de l'EFSA de 2020. Les États-Unis imposent 4 ng/L chacun pour le PFOA et le PFOS, tout en affichant un objectif sanitaire de zéro pour les deux. La recommandation néerlandaise pondère en plus chaque substance selon sa toxicité (« équivalents PFOA »), une approche scientifiquement plus juste qu'une simple somme.
Pourquoi avoir choisi l'extrémité prudente ?
- L'alimentation remplit déjà l'essentiel du budget. L'agence alimentaire suédoise (Livsmedelsverket) estime qu'un adulte typique absorbe déjà environ la moitié de la dose tolérable par la seule alimentation, et que 43 % des enfants de 4 ans dépassent tout le budget rien qu'avec la nourriture. L'institut alimentaire danois (DTU) a limité l'eau à 10 % du budget exactement pour cette raison.
- Les scientifiques suédois arrivent à des chiffres similaires pour les enfants. Le rapport scientifique derrière la limite suédoise de 4 ng/L calcule qu'après une alimentation typique, un enfant de 4 ans n'a plus de place que pour environ 0,3 ng/L dans l'eau, et environ 0,7 ng/L si l'eau reçoit une part de 10 %. Notre 0,5 ng/L se situe entre ces deux chiffres.
- Le budget de l'EFSA lui-même n'est peut-être pas assez prudent. Une réanalyse de 2023 des données vaccinales (détails plus bas) aboutit à des niveaux sûrs nettement plus bas, l'objectif sanitaire américain pour le PFOA et le PFOS est zéro, et le PFOA est classé cancérogène pour l'homme (groupe 1 du CIRC).
Le calcul, pour que vous puissiez vérifier
Part du budget quotidien de l'EFSA que l'eau seule consommerait :
| Concentration dans l'eau | Adulte : 70 kg, boit 2 L/jour | Nourrisson au biberon : 0,15 L par kilo et par jour |
|---|---|---|
| 4 ng/L (limite suédoise actuelle) | 18 % du budget | 95 % du budget |
| 1 ng/L | 4,5 % | 24 % |
| 0,5 ng/L (notre repère) | 2,3 % | 12 % |
Notre repère sort directement de la colonne du nourrisson : 0,63 ng par kilo et par jour, multiplié par une part de 10 à 15 % pour l'eau, divisé par 0,15 litre par kilo et par jour, donne 0,4 à 0,6 ng/L. Nous avons arrondi à 0,5 ng/L.
Une précision honnête : l'EFSA a conçu son budget pour une exposition sur la vie entière, pas littéralement pour les nourrissons, dont l'exposition pendant la grossesse et l'allaitement est modélisée à part. Nous utilisons le nourrisson au biberon comme la personne réaliste la plus exposée, pour montrer le peu de marge que laisse 4 ng/L, pas comme un modèle strict de risque infantile. Même lu ainsi, le tableau montre le problème de 4 ng/L : un nourrisson très exposé par l'eau pourrait consommer presque tout le budget avec l'eau seule, avant de compter l'alimentation, le transfert placentaire ou le lait maternel.
La moindre trace de PFAS est-elle dangereuse ?
Non, pas au sens où une seule molécule causerait un dommage mesurable. « PFAS » recouvre des milliers de substances très différentes ; une PFAS à chaîne courte, éliminée rapidement, ne se compare pas au PFHxS, qui peut rester des années dans le sang. Les demi-vies estimées dans le sérum humain sont d'environ 5,3 ans pour le PFHxS, 3,4 ans pour le PFOS et 2,7 ans pour le PFOA.
Mais pour les PFAS persistantes et bioaccumulables :
- l'exposition n'apporte aucun bénéfice biologique ;
- elle s'accumule sur des années ;
- l'épidémiologie n'a pas identifié de seuil bas rassurant ;
- le PFOA est classé cancérogène pour l'homme (groupe 1 du CIRC), le PFOS peut-être cancérogène (groupe 2B).
Une réanalyse de 2023 des données de réponse vaccinale aboutit à des niveaux repères dans le sérum d'environ 1,5 à 4 ng/mL, bien en dessous des 17,5 ng/mL retenus par l'EFSA. Ce n'est pas encore un consensus réglementaire, mais cela suggère que la dose tolérable de l'EFSA n'est pas particulièrement prudente.
« Zéro » est donc la bonne direction, et 0,5 ng/L notre limite pratique. Des concentrations de 1 à 4 ng/L ne créent pas de danger aigu et ne garantissent aucune maladie ; elles représentent une contribution évitable à la charge corporelle accumulée sur une vie. Nous considérons 4 ng/L comme un seuil d'action, pas comme un objectif de sécurité idéal.
Comment ce site applique le repère
- Nous additionnons les quatre substances à partir du dernier contrôle public disponible ; le repère s'entend en moyenne annuelle.
- Les substances trop faibles pour être mesurées comptent pour zéro : le total est donc un minimum. Quand les seuils de détection du laboratoire sont trop élevés pour conclure, la page le dit au lieu d'afficher un faux « conforme ».
- Ce repère est plus strict que toutes les limites légales actuelles : une eau « au-dessus de notre repère » peut être parfaitement légale.
Comment cette page a été construite
La synthèse des études et les calculs d'exposition ont été préparés avec l'aide d'une IA, puis vérifiés contre les sources primaires citées ci-dessous. Ce repère est une proposition documentée, pas une norme officielle ni un avis médical. En cas de doute sur votre eau, adressez-vous à votre distributeur ou à l'agence régionale de santé.
Sources
- EFSA (2020): Risk to human health related to the presence of perfluoroalkyl substances in food
- Livsmedelsverket: LIVSFS 2022:12, PFAS 4 = 4 ng/L, PFAS 21 = 100 ng/L (2026)
- EU Drinking Water Directive 2020/2184: Sum of PFAS 0.10 µg/L, PFAS Total 0.50 µg/L
- US EPA: PFOA and PFOS MCL 4.0 ng/L, MCLG zero
- RIVM: drinking-water guideline 4.4 ng/L as PFOA equivalents
- IARC (2023): PFOA Group 1, PFOS Group 2B
- Budtz-Jørgensen & Grandjean (2023): benchmark dose calculations for PFAS immunotoxicity
- Li et al. (2018): half-lives of PFOS, PFHxS and PFOA after end of exposure
- Livsmedelsverket (2021): Vetenskapligt underlag för PFAS i dricksvatten, the scientific report behind Sweden's 4 ng/L limit
- RIVM (2021): Advies drinkwaterrichtwaarde EFSA-4 PFAS, derivation of the Dutch 4.4 ng/L guideline
- DTU Fødevareinstituttet (2021): scientific note behind Denmark's 2 ng/L drinking-water criterion
- WHO Guidelines for drinking-water quality: how a share of the daily intake is allocated to drinking water